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11/04/2019

« Sans plan d’action, le coût de l’absentéisme va s’aggraver »

Eric Maumy est le directeur général du courtier Verlingue.

 

Comment sont couverts les salariés pour les arrêts de travail ?
Les dispositifs varient fortement en fonction des conventions collectives, de l’ancienneté et des dispositifs d’assurance complémentaires mis en place par les entreprises. L’empilement de trois étages d’indemnisation (Sécurité sociale, employeur, contrat de prévoyance) génère une complexité et une faible lisibilité pour le salarié. Sur notre portefeuille, le risque incapacité/ invalidité est très largement couvert, ce que nous préconisons auprès des entreprises, qui ont un besoin d’accompagnement sur ces sujets.

 

L’Assurance-maladie constate une envolée des arrêts de travail. Quelle est votre analyse ?
Les indemnités journalières ont connu une progression soutenue ces dernières années, en nombre et surtout en valeur. En 2017, près de 7 millions d’arrêts maladie ont été indemnisés (couvrant un total de 234 millions de journées) au titre du régime général, pour un moment total de 7,4 milliards d’euros. Les raisons de cette évolution du risque arrêt de travail sont hétérogènes et protéiformes : vieillissement de la population active, situations de stress rencontrées par les salariés, secteurs d’activité à risques, contexte épidémiologique avec un impact sur le nombre d’arrêts courts, développement de pathologies chroniques qui accroît les arrêts longs, et enfin situation familiale des salariés – par exemple, les femmes seules qui aident des proches dépendants sont plus exposées au risque d’arrêt de travail.

 

Quelles conséquences pour les entreprises et leurs budgets d’assurance ?
Chez Verlingue, nous avons fait du pilotage des risques et de la maîtrise des coûts une spécialité. Cela se traduit par la mise en place de plans d’actions personnalisés avec nos clients. Nous constatons des écarts pouvant aller jusqu’à 25 % sur les résultats prévoyance entre les entreprises qui mettent en place ces plans et les autres.

 

Le gouvernement a engagé un vaste chantier sur la santé au travail qui comporte un volet relatif aux arrêts de travail. Que pensez-vous de la proposition d’imposer un jour de carence « d’ordre public » à tous ?
Je constate que l’instauration du jour de carence dans le service public avait immédiatement fait chuter le nombre des arrêts de courte durée. Donc c’est un vrai débat qu’il serait bon d’instruire. Dans le privé, il y en a trois qui sont, dans de nombreuses entreprises et dans plusieurs secteurs professionnels, pris en charge par l’employeur.

 

Quel est le rôle des assureurs ou des courtiers auprès des entreprises pour tenter de contenir l’absentéisme ?
En matière de prévention de l’absentéisme, l’employeur fait face à une offre de plus en plus dense. Certains assureurs, notamment le pionnier Malakoff Médéric Humanis, ont développé des solutions autour du diagnostic de l’absentéisme et de son traitement. Aujourd’hui, les offres de services et les prestataires sont extrêmement nombreux et disparates. Notre rôle de courtier est de mettre en oeuvre des solutions adaptées à la réalité des risques identifiés au sein de chaque entreprise. Le préalable est la réalisation d’un diagnostic précis et contextualisé, pour identifier les causes. Cette phase est clé pour actionner ensuite les bons leviers à utiliser pour maîtriser les risques. A titre d’exemple, avec nos clients du secteur de la santé, nous avons commencé il y a plusieurs années une démarche de co-construction d’indicateurs d’absentéisme qui nous donnent une lecture fine de la typologie des arrêts de travail.

 

Quel est le contenu de votre diagnostic et quels types de solutions proposez-vous ?
Nous sommes en train d’enrichir le panel de nos indicateurs afin de couvrir toutes les composantes de l’absentéisme (gravité, fréquence, exposition, typologie des salariés en arrêt : genre, âge, emploi, etc.). En outre, nous permettons aux entreprises de comparer leurs résultats avec des données nationales, sectorielles et géographiques. Notre démarche nous conduit ensuite à proposer des solutions adaptées aux risques propres à chaque entreprise (troubles musculo-squelettiques, maladies cardio-vasculaires, salariés en situation de fragilité), dont des services innovants comme l’accompagnement des aidants familiaux. Sur les arrêts de plus de six mois, la démarche doit être encore plus active car, sans accompagnement, le taux de reprise d’activité est inférieur à 50 %. Il est donc crucial d’accompagner le retour à l’emploi, lorsque c’est médicalement possible, via des mesures dédiées (aide psychosociale, aménagement du poste de travail…).

« Au-delà des répercussions économiques pour l’employeur, la maîtrise de l’absentéisme et la prévention constituent des enjeux de cohésion sociale, de qualité de vie au travail et d’attractivité »

Les entreprises sont-elles volontaristes en matière de lutte contre l’absentéisme ?
Les mentalités évoluent et l’entreprise est le lieu privilégié pour prendre en charge ces questions d’absentéisme. Le coût financier est en effet considérable pour l’employeur. Mais au-delà des répercussions économiques, l’absentéisme et la prévention constituent des enjeux de cohésion sociale, de qualité de vie au travail et d’attractivité. Les jeunes salariés sont particulièrement sensibles aux dispositifs de prévention et de coaching santé. Les entreprises ont bien compris qu’elles avaient tout intérêt à se saisir du sujet.

 

Quels sont les autres risques auxquels l’entreprise doit porter attention en 2019 ?
Les couvertures santé doivent être mises en conformité pour intégrer les obligations de la réforme du « 100 % santé ». C’est un chantier majeur sur lequel nos équipes sont mobilisées avec les directions des ressources humaines. Par ailleurs, la retraite est un sujet qui va devenir sensible pour les entreprises et les employeurs. La réforme annoncée porte une lumière crue sur les fragilités du système français et la baisse continue des taux de remplacement. Nous sommes de plus en plus sollicités par nos clients et en ordre de marche pour les conseiller en la matière.

 

Mireille Weinberg – L’Opinion