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26/01/2018

Les réseaux de soins sont les plus efficaces en optique

Les organismes complémentaires utilisent ces réseaux pour faire baisser les prix en optique, pour prothèses auditives ou dentaires. C’est un succès, sauf pour le dentaire, qui peine à décoller.

 

Les assureurs qui se plaignent d’être des payeurs aveugles derrière la Sécurité sociale, ont créé des outils de gestion du risque, les réseaux de soins. Ils interviennent sur les postes de dépenses majoritairement pris en charge par l’assurance complémentaire et sur lesquels elle peut agir positivement, à savoir l’optique, le dentaire et l’audioprothèse. L’idée est de sélectionner les professionnels, opticiens, dentistes ou audioprothésistes avec lesquels les réseaux négocient des conditions tarifaires avantageuses. Cette modération tarifaire permet au final de baisser les restes à charge des assurés, qui peuvent être très importants sur ces trois segments de dépenses (24 % en optique, 35 % sur les prothèses dentaires et 57 % sur les audioprothèses en moyenne).

 

« Deux types de réseaux coexistent sur le marché, les réseaux ouverts à tous les professionnels qui acceptent de signer un engagement et les réseaux fermés (Santeclair et Itelis notamment), qui accréditent un nombre limité de professionnels. Les réseaux fermés semblent avoir davantage d’efficacité sur les prix », selon Jean-Marc Esvant, directeur de la protection sociale chez le courtier Verlingue.

« Les négociations tarifaires sont en effet plus serrées avec les professionnels dans un réseau fermé. Nous sélectionnons moins de prestataires, mais en échange d’une plus forte baisse des prix, nous leur apportons une part importante de leur chiffre d’affaires », explique Jean- Marc Boisrond, président du directoire d’Itelis. Les réseaux de soins rassemblent aujourd’hui des milliers de professionnels de santé et ne couvrent potentiellement pas moins de 45 millions d’assurés.

 

 

Condition de survie. « Ce succès tient à la vive concurrence qui règne dans ces secteurs, notamment dans celui de l’optique. Appartenir à un réseau ne procure pas toujours un avantage commercial, mais constitue souvent une condition de survie », notait l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) dans son rapport de juin 2017 sur les réseaux de soins.

 

« Les réseaux sont beaucoup mieux acceptés par les entreprises aujourd’hui, parce qu’ils ont démontré leur efficacité dans la maîtrise des coûts et du reste à charge et ont commencé à proposer des services annexes pour les assurés dans la prise en charge de leurs soins de santé », selon Jean-Marc Esvant. L’Igas a en effet constaté un écart de prix notable, à la baisse, pour les soins ou les produits consommés via un réseau. « Cette différence est particulièrement sensible en optique : environ -20 % pour les verres adultes, -10 % pour les montures et jusqu’à -37 % sur certaines références de verres… Dans le secteur des aides auditives, la différence de prix entre le réseau et le hors réseau reste significative, autour de -10 %. Dans le secteur dentaire, les écarts de prix semblent plus modestes », note-t-elle dans son rapport. Chez Itelis, les remises sont en moyenne de 40 % en optique, de 10 % à 15 % en audioprothèse et de 15 % pour les prothèses dentaires à 30 % en implantologie, selon Jean-Marc Boisrond.

 

« C’est encore plus efficace quand le contrat d’assurance lui-même prévoit un remboursement différencié selon que l’assuré utilise ou non le réseau, avec généralement, dans cette seconde situation, un remboursement plus élevé », explique-t-il. C’est aussi ce que note l’Igas : « Du point de vue de l’accès aux soins, les réseaux ont un effet globalement favorable : on constate un écart important de reste à charge en faveur des assurés qui recourent aux réseaux, notamment en optique (-50 % environ). Cet écart est dû, pour l’essentiel, aux différences de prix, mais aussi à l’amélioration du remboursement complémentaire. »

 

 

Service médical rendu. Ces réseaux sont aujourd’hui les plus développés et les plus utilisés en optique, où la notion de service médical rendu est plus faible, la prestation pouvant être strictement identique d’un opticien à un autre. « 50 % de nos entreprises clientes utilisent les réseaux de soins, et l’intégralité d’entre elles pour l’optique », confirme Jean-Marc Esvant. Les réseaux sont plus récents dans le secteur de l’audioprothèse, mais « ils se développent rapidement, certaines plateformes couvrant désormais 80 % des points de vente », selon l’Igas.

« 50 % de nos entreprises clientes utilisent les réseaux de soins, et l’intégralité d’entre elles pour l’optique » –  Jean-Marc Esvant, Directeur Assurances de personnes chez Verlingue

En dentaire, en revanche, le résultat est moins probant. Les dentistes n’ont souvent pas besoin d’une patientelle supplémentaire et en tant que professionnels de santé, ils apprécient peu d’être encadrés par des assureurs complémentaires. Surtout la différence de prix n’est pas suffisante pour encourager les patients à changer de dentiste. Ils sont généralement très attachés au leur, parce que c’est leur dentiste de famille ou, le plus souvent, celui qui ne leur fait pas mal quand il les soigne.

 

Il y a certainement des choses à améliorer, comme le note l’Igas, mais à l’heure où le gouvernement réfléchit au reste à charge zéro, les réseaux de soins ou quelque chose qui y ressemble, pourraient être une piste à explorer.

 

Mireille Weinberg – L’Opinion – Janvier 2018