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09/11/2016

Raphaël Kerdraon : « Les assureurs s’adaptent à la révolution digitale. »

Les Echos : l’auto connectée est sensée représenter un bond en avant en termes de sécurité : quels en sont les impacts pour les assureurs ?

 

Les assureurs travaillent sur une personnalisation des tarifs, en fonction du profil de l’assuré, ce qui est rendu possible par la collecte de données relatives à la conduite, au volume de kilomètres parcourus, au nombre de trajets effectués quotidiennement, aux usages, aux comportements éventuellement erratiques… Le problème est donc l’accès à la donnée. Par ailleurs, les assureurs s’intéressent aux systèmes d’aide à la conduite, les « advanced driver assistant systems » (Adas) qui permettent une baisse de la sinistralité. Certains assureurs appliquent une baisse de 25 % de leurs tarifs de base dès lors que le véhicule dispose de trois équipements Adas.

 

Les Echos : quelle sera la stratégie des assureurs pour les voitures autonomes ?

 

Pour les assureurs, il s’agit là d’une réelle révolution car on va passer d’un risque de fréquence à un risque d’intensité. Nous serons confrontés à des sinistres d’un montant excessivement élevé et certains modèles de tarification pourraient disparaître. Pour les assureurs, le marché automobile représente, en France, environ 18 milliards d’euros. Ils considèrent que 40 à 80 % du volume de primes pourraient disparaître ces quinze prochaines années. Leur stratégie est donc de s’efforcer de progresser sur la chaîne de valeur en créant de nouveaux produits pour tous les acteurs, constructeurs, équipementiers, éditeurs de logiciels, opérateurs télécoms… Le risque va se déplacer du conducteur vers ces différentes parties prenantes.

 

Les Echos : cette évolution génère-t-elle aussi des risques cyber ? Comment le carré assureurs constructeurs-loueurs-clients les anticipe-il ?

 

Le risque cyber est réel et très large. Il existe déjà sur l’auto connectée. Et il va être décuplé sur le véhicule autonome qui est, lui, hyperconnecté. Les attaques peuvent aller du vol à l’espionnage du conducteur, en passant par la rançon (le véhicule est bloqué jusqu’à ce qu’on paie), voire l’action de terroristes ou d’« hacktivistes ». Côté constructeurs, ce risque est clairement identifié, si bien qu’ils réfléchissent à une meilleure coopération avec les autres acteurs de leur écosystème. Au niveau des assureurs, le risque cyber s’est développé depuis quatre à cinq ans, avec des contrats de bonne capacité qu’il faudra adapter. Côté clients, les courtiers vont avoir un rôle important de sensibilisation. Pour ce qui est des loueurs, eux aussi vont avoir une mission de conseil.

 

Julie Le Bolzer