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22/01/2018

« Avec les contrats responsables, le reste à charge s’est envolé »

Eric Maumy, Directeur Général de Verlingue, témoigne dans le dossier de L’Opinion dédié à la protection sociale.

 

 

L’Opinion : Quel premier bilan pouvez-vous faire de la généralisation de la complémentaire santé ?

Eric Maumy, Directeur Général de Verlingue : « Toutes les entreprises ont eu l’obligation de proposer une assurance santé à leurs salariés au 1er janvier 2016. Cela n’a pas changé grand-chose dans les grandes entreprises, qui, pour la plupart, étaient déjà couvertes. La généralisation a surtout concerné les petites entreprises et, sur cet aspect-là, le bilan est positif. Le gouvernement a fait des entreprises le vecteur central en matière d’assurance complémentaire santé.

 

De façon générale, toutes les entreprises ont commencé à endosser ce rôle et elles sont devenues des intervenants de plus en plus actifs sur ce terrain, par exemple sur des aspects comme la prévention des risques santé. Les entreprises ont aussi compris qu’elles avaient tout intérêt à s’intéresser à leurs régimes de santé et à leurs grands équilibres, en impliquant les salariés et les partenaires sociaux. »

 

 

Il y a eu, presque en même temps, la réforme des contrats responsables. Quel bilan en tirez-vous ?

« En effet, la réforme des contrats responsables est venue se greffer sur la généralisation de la complémentaire avec des sanctions financières majeures pour les entreprises qui ne seraient pas en conformité. Cela a nécessité un accompagnement juridique important de notre part pour sécuriser les dispositifs de nos entreprises clientes et rendre leurs contrats « responsables ». Concrètement, les pouvoirs publics ont introduit des plafonds de garanties pour les consultations médicales et sur l’optique. Les entreprises les mieux couvertes ont dû, pour se mettre en conformité avec cette nouvelle réglementation, aligner leurs garanties à la baisse.

 

Depuis le 1er janvier 2018, tous les régimes santé d’entreprise doivent obéir à ces nouvelles règles et appliquer les plafonds de remboursement. Pour l’optique, le plafond est assez élevé, mais c’est autre chose pour les consultations médicales. Les entreprises bien assurées prévoyaient des remboursements souvent bien supérieurs aux nouvelles règles. Tous les honoraires médicaux dont le montant dépasse le plafond resteront à la charge exclusive des salariés. Or, les prix des consultations des spécialistes sont souvent supérieurs, notamment dans les grandes villes. Avec cette mesure, le reste à charge moyen des salariés s’est littéralement envolé. »

« C’est une situation très pénible pour les salariés, notamment ceux qui ont des soins récurrents à l’hôpital »

Qu’en pensent les salariés ? Ont-ils conscience de cette explosion possible de leur reste à charge ?

« Ils ont commencé à le constater. 80 % des entreprises de notre portefeuille ont déjà basculé et 20 % ont choisi d’attendre le dernier moment, le 1er janvier 2018, pour appliquer les nouvelles règles. De cette manière, elles ont fait profiter plus longtemps leurs salariés de meilleures garanties. Mais depuis le 1er janvier, toutes les entreprises ont basculé et les salariés concernés vont découvrir que leurs garanties sont moins bonnes qu’avant. »

 

 

Sur quels postes précisément ces restes à charge sont-ils les plus élevés ?

« Il y a une répartition hétérogène selon les disciplines médicales. Ce sont essentiellement sur les consultations hospitalières – les honoraires versés au médecin qui opère, mais aussi à l’anesthésiste –, que les restes à charge ont explosé, de plus de 140 % sur notre portefeuille. Pour les honoraires des spécialistes, la hausse du reste à charge atteint 38 %. C’est une situation très pénible pour les salariés, notamment ceux qui ont des soins récurrents à l’hôpital et qui, du jour au lendemain, se retrouvent avec un reste à charge important. »

 

 

Les entreprises ont-elles trouvé des moyens pour pallier cette baisse des garanties ?

« Oui, le modèle dominant sur le marché associe une surcomplémentaire à un régime socle : l’employeur s’engage sur un premier niveau de couverture collectif et obligatoire et permet aux salariés d’accéder à des couvertures supplémentaires en libre adhésion. Cette solution nous permet de limiter les restes à charge et de préserver le niveau de couverture. Chez Verlingue, près de 70 % des contrats mis en place pour nos clients en 2017 sont sur ce modèle. »

« L’augmentation du reste à charge a donc souvent concerné les cas les plus graves et les plus douloureux. Cela montre que la réforme du contrat responsable échappe à toute logique »

Est-ce qu’il n’y a pas un paradoxe à rechercher un reste à charge zéro sur les lunettes, les prothèses dentaires ou auditives quand les soins hospitaliers, eux, vont au contraire afficher de nouveaux restes à charge ?

« C’est en effet un vrai paradoxe. Les postes concernés par le reste à charge zéro sont l’optique, le dentaire et l’audioprothèse. L’évolution du reste à charge dû au contrat responsable concerne les postes honoraires et hospitalisation. L’augmentation du reste à charge a donc souvent concerné les cas les plus graves et les plus douloureux. Cela montre simplement que la réforme du contrat responsable échappe à toute logique. Elle ne prend pas en compte la réalité des coûts et des pratiques médicales, d’autant que les acteurs de la complémentaire santé n’ont pas été associés à la décision. »

 

 

Que pensez-vous de la promesse présidentielle de parvenir à un reste à charge zéro sur les lunettes, les prothèses dentaires et auditives ?

« Ces objectifs sont nobles. Nous y souscrivons. La question clef est celle des moyens pour y parvenir. Actuellement les taxes sur les complémentaires santé s’élèvent à près de 5 milliards d’euros. Pour parvenir à un reste à charge de zéro, il faut trouver le moyen de financer les restes à charge actuels sur le dentaire, l’optique et l’audioprothèse, qui s’élèvent au total à 4,4 milliards d’euros.

Baisser les taxes sur les assurances complémentaires santé permettrait d’absorber une partie voire l’intégralité des sommes nouvelles à financer. Ce serait un bon signal quant à la volonté du gouvernement d’alléger le fardeau fiscal qui pèse sur les entreprises et les salariés. »

 

Mireille Weinberg – L’Opinion – Janvier 2018

Verlingue, courtier en assurances
Verlingue est l’un des principaux courtiers d’assurance français. Il couvre tous les besoins des entreprises : l’assurance dommage et responsabilité civile, ainsi que la protection sociale des salariés.